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J’ai 55 ans, et je vais bientôt mourir d’un cancer

 
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MessagePosté le: Jeu 15 Avr - 22:33 (2010)    Sujet du message: J’ai 55 ans, et je vais bientôt mourir d’un cancer

98 - De Dominique Mira
dominique.mira[at]orange.fr

J’ai 55 ans, et je vais bientôt mourir d’un cancer du sein métastasé ; on me donne aujourd’hui deux mois à vivre. Le corps médical – dans son immense majorité – qui ne voit qu’à travers sa lorgnette, limitée par son impuissance à faire mieux et sa terreur de la mort, est assez interloqué par ma décision d’arrêter toute chimiothérapie ou traitement curatif.

Mais je sais que ce qui compte avant tout pour moi est de me mettre d’ici là tout à fait en paix avec moi-même.

En prenant véritablement conscience de ma fin imminente, je suis prise par une question devenue obsédante : « Quel est le sens de l’existence ? », « Ai-je bien fait tout ce que je devais faire avant de partir ? » Aussi ce débat m’intéresse-t-il au plus haut point car en ce moment, par la force des choses je travaille le sujet du sens de la vie de façon intensive.

Coincée dans une maison de « repos », j’ai le temps d’y réfléchir et de témoigner aux autres ce qui se passe en moi, donc ce que je pense qu’il doit se passer pour tout le monde avant la mort dans les mêmes conditions. J’ai l’immense chance de pouvoir m’y préparer lucidement.

J’observe mes pensées s’accrocher à tout ce qui passe à leur portée, s’y coller, l’analyser, le soupeser, voire s’y identifier et j’ai alors la sensation de me perdre, de perdre mon autonomie, mon individualité.

Je préfère limiter tout ce qui est occupationnel – lectures, radio, télévision –, car sinon je passerais mon temps à consommer les pensées des autres, le résultat de leurs expériences, des faits divers purement événementiels, au lieu de me pencher sur ma vie intérieure, et de m’observer de façon lucide. Je n’ai plus de temps à perdre.
    
Même l’actualité du monde me détourne de moi-même, car c’est ce face-à-face avec la mort qui doit m’aider à franchir le plus sereinement et consciemment possible la petite porte de sortie…. Vers l’inconnu, l’au-delà, l’éternité… qui sait !?

Oui, mon enveloppe va bientôt disparaître, et alors ? Quelle importance, dans la mesure où je n’y suis plus attachée…, comme au reste d’ailleurs ! L’avantage de la maladie c’est qu’elle dégrade suffisamment le corps, le rendant pesant et pénible à porter, pour que l’on soit soulagé de voir une issue naturelle arriver.

Vue de cette façon réaliste, la mort n’est pas effrayante. Elle est au contraire le repos auquel on aspire profondément. Ne serait-il pas temps, pour tout le monde, de le vivre comme cela ? Cela éviterait bien des douleurs, des incompréhensions, des déchirements autour des lits de mort. Car face à elle on est tous pareils.

C’est le fait de savoir que la mort est incontournable qui nous fait trouver le sens des choses et nous empêche de faire n’importe quoi de notre existence. Malheureusement, on ne nous a jamais appris à vivre avec la conscience aigue qu’un jour ou l’autre, il allait falloir tout quitter, plus ou moins tôt ou plus ou moins tard.

Je découvre ainsi que le sens de la vie pour nous humains, dotés de raison, c’est apprendre depuis tout petits à bien mourir tout en prenant conscience que nous ne sommes rien de plus qu’un canal pour la vie. Finalement, rien ne nous appartient ; même cette vie qui nous anime vient d’ailleurs. Pour moi, elle se manifeste par une Présence vivante et chaleureuse au centre de la poitrine. Cette force intérieure me remplit quand je m’y abandonne. Je suis alors en recul avec le monde et moi-même et pleinement présente dans l’instant. Ce recul intérieur est une vraie bénédiction pour moi qui ai connu, une grande partie de ma vie, la dépression et l’enfer d’un mental surchauffé qui prend toute la place.

Personnellement, quand je m’intériorise et intègre mon centre d’équilibre, je réalise une paix profonde qui me donne déjà, dans ces moments-là, un goût d’éternité. Seule cette paix qui m’habite alors vaut la peine d’être vécue. Ce subtil vécu intérieur transcende tous les autres plaisirs et satisfactions que j’ai pu connaître tout au long de mon parcours. Je me sens alors totalement comblée, car l’intériorité nous hisse au-delà du désir des choses.

L’existence serait quand même plus simple si, par une éducation adéquate, on pouvait vivre toute notre vie avec la prise de conscience que tout ce nous vivons sert à nous apprendre à nous détacher des choses de ce monde afin de mourir la conscience libérée. Ce qui ne voudrait pas dire que nous ne profiterions pas de ces choses, bien au contraire d’ailleurs, on vivrait avec les choses sans qu’elles nous fassent souffrir….

Je me demande vraiment comment cela se fait que l’on n’ait pas encore réalisé à un niveau collectif que la prise en compte de notre mortalité est notre seule certitude sur terre, la même à travers les temps, valable pour tout le monde, riches ou pauvres, jeunes ou vieux ! La conscience de notre mortalité est le savoir fondamental, le seul repère absolu que nous ayons pour nous permettre de relativiser tout ce qu’on vit, d’éviter les passions souvent destructrices ainsi que la soif de pouvoir, la possessivité et la jalousie, pour enfin vivre de façon équilibrée, sans rapports de force, dans l’entente mutuelle.

Pour le coup, ce serait là une véritable révolution, valable non pas seulement pour une époque donnée, mais pour tous les temps, un dénominateur commun à travers les siècles qui nous permettrait sûrement de marier tradition et progrès, en évitant de tomber cycliquement, de l’un dans l’autre, avec tous les excès que cela a toujours comporté.

Pour moi, le chemin est pratiquement terminé, je vous passe le flambeau… avec confiance.

Adieu, amitiés et bonne route à tous.

Dominique

St Christophe, le 13 mars 2010



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MessagePosté le: Jeu 15 Avr - 22:33 (2010)    Sujet du message: Publicité

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